
© David Olsen
Elle a mis les bouchées doubles et décidé de porter le fer sur le terrain médiatique. La Commission déroge donc à ses habitudes et à l'image de travail lent et silencieux qu'on lui accole généralement en publiant l'intégralité de sa décision de condamner Intel pour abus de position dominante. C'est en mai dernier que le jugement a lieu, après des années de procédure, les faits reprochés ayant eu lieu entre octobre 2002 et décembre 2007. Depuis, Intel, qui a fait appel, a multiplié les rumeurs et les allégations accusant la Commission de partialité, voire d'anti-américanisme primaire. C'est dans ce contexte que la Commission a publié de façon accélérée les 500 pages d'éléments de preuve qui lui ont servi pour appuyer sa décision, en l'accompagnant d'un communiqué de presse, ce qui est rarissime. Une manière de montrer à Intel qu'elle ne se laissera pas discréditer sur le terrain médiatique.
Qu'est donc reproché à Intel sur le fond? Ainsi que le rapportent itexpresso du 22 septembre et pcimpact du même jour, simplement d'utiliser sa position dominante sur le terrain de la construction de processeur pour empêcher la concurrence (principalement AMD) de fournir les clients Intel. En résumé d'avoir fait pression sur les constructeurs que sont Dell, HP, NEc et Lenovo pour les forcer à accroître la part de composants Intel dans leurs machines ou au moins la maintenir, au détriment d'un AMD aux performances pourtant en amélioration. Les éléments de preuve rapportés sont constitués d'échanges d'emails et de courriers, de compte-rendus de rencontres et de décisions. Des formulations comme (à propos des représailles d'Intel, dans un courrier de celui-ci) « risquent d'être longues et importantes, impactant toute votre ligne Entreprise » ne laissent que peu de doutes sur l'existence de pressions. Rappelons quand même que tant que l'affaire n'est pas finie d'être jugée (c'est-à-dire au moins après l'appel), l'entreprise est présumée innocente. On peut quand même se demander si elle a eu raison de porter l'affaire sur le terrain médiatique, où elle a beaucoup plus à perdre que la Commission Européenne, qui n'est plus à ça près.
Ce procès rappelle les tracas européens de Microsoft, en lutte lui aussi au sujet de ses abus de position dominante, sur le marché du logiciel celle fois. Parions toutefois qu'il en faudra plus pour mettre un terme à la domination du binôme Microsoft/Intel sur le marché européen des ordinateurs !
Mr Wong
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